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Mieux comprendre le SARS-CoV2 : Les études COVIDeF et STRAT-COVID

 

L’étude STRAT-COVID menée par une équipe AP-HP, Inserm et IHU ICAN vient d’obtenir un financement exceptionnel de 400 000 €. Cette étude basée sur les données de 2000 patients inclus dans l’essai COVIDef vise à établir des marqueurs de prédiction de l’évolution de l’infection par SARS-CoV2 en associant des données immunologiques, métaboliques et d’imagerie.

 

COVIDeF : Création d’une cohorte pour mieux comprendre la maladie

L’étude COVIDeF, a été initiée par le Pr. Hausfater, chef de service des urgences de la Pitié-Salpêtrière, lors de la première vague de la COVID-19, en avril 2020. Ce projet partait du constat que l’histoire naturelle de cette maladie était mal connue, et qu’il était crucial, de déterminer les facteurs pronostiques de l’évolution vers les formes graves de l’infection afin de pouvoir orienter au mieux les patients.

Promue par l’AP-HP, l’étude de cohorte prospective de COVIDeF a inclus plus de 2000 patients admis aux urgences ou hospitalisés, infectés par le SARS-CoV2 ou suspects de l’être. Un recueil de données cliniques et de prélèvements sanguins à l’entrée des patients aux urgences, ainsi que tout au long du suivi pour les patients hospitalisés a été effectué.

Cette étude prospective a permis de développer des modèles prédictifs suggérant que la mortalité précoce et le recours aux soins intensifs est fortement lié à l’existence de comorbidités et en particulier à un risque cardiométabolique élevé (diabète, maladies cardiovasculaires, obésité…).

 

STRAT-COVID : déterminer la trajectoire des patients atteints de SARS-CoV2 grâce à un modèle prédictif multiparamétrique

L’étude STRAT-COVID, portée par le Pr Hausfater, chef du service des urgences, le Dr Raluca Pais, gastro hépatologue au sein de l’IHU-ICAN et le Pr Alban Redheuil, chef du service d’imagerie cardiovasculaire et thoracique de la Pitié-Salpêtrière, utilise les données et les prélèvements recueillis dans le cadre de l’étude COVIDeF dans l’objectif de développer un modèle prédictif multiparamétrique. Ce modèle sera réalisé grâce à l’analyse du profil complet de 500 patients issus de l’étude COVIDeF.

Ce modèle prédictif sera basé sur l’analyse, par des experts en imagerie cardio-thoracique du  CoreLab de l’ICAN, des données d’imagerie issues des scanners réalisés lors de la prise en charge des patients, des biomarqueurs spécifiques (métabolomiques, lipidomiques, acides biliaires, biomarqueurs cellulaires impliqués dans la réponse immunitaire) et des facteurs de risque cliniques (âge, sexe, IMC), des autres comorbidités (cardiovasculaires, immunodépression, stéatose hépatique, diabète) et les traitements en cours lors de l’admission. Ce modèle sera réalisé grâce à l’analyse du profil complet de 500 patients.

L’originalité et la force de STRAT-COVID est de s’intéresser à 3 types de biomarqueurs requérant des expertises très différentes. Cette approche translationnelle est possible grâce au modèle «IHU» qui favorise les collaborations pluridisciplinaires.

Des biomarqueurs immunologiques  (Pr Hausfater – chef de service des urgences) :

Le niveau d’expression différentielle des marqueurs de surface des cellules sanguines impliquées dans la réponse immunitaire varie selon l’infection et sa gravité. Or il existe des altérations profondes du compartiment cellulaire myéloïde ou des absences de cellules permettant l’expression du gène stimulé par l’interféron (ISG)3 dans les formes sévères de la COVID-19. Cet aspect sera exploré dans l’équipe des Prs Christophe Combadière et  Guy Gorochov, (CIMI) UMRS CR7 – Inserm U1135 – CNRS ERL 8255).

Des biomarqueurs métaboliques (Dr Pais – IHU ICAN) :

La stéatose métabolique du foie (non-alcoholic fatty liver disease, NAFLD), est décrite chez 30 % à 60 % des patients ayant contracté le SARS-CoV2, et semble être un facteur pronostique d’évolution défavorable, possiblement associé à une altération du métabolisme lipidique et des acides biliaires. Cette voie sera explorée sur la plateforme « ICANalytics » de l’IHU-ICAN et en collaboration avec les équipes 4 et 5 de l’UMRS 1166 (Sorbonne Université – ICAN).

Des biomarqueurs d’imagerie (Pr Redheuil – IHU ICAN – chef du service d’imagerie cardiovasculaire et thoracique) :

Une analyse menée au début de la pandémie sur 81 patients diabétiques a montré que la graisse péri-cardiaque mesurée automatiquement en scanner est un marqueur prédictif de recours à la réanimation et de mortalité à court terme indépendant de l’âge, de l’obésité et des marqueurs biologiques d’inflammation ainsi que de l’élévation de la troponine chez ces patients (voir article ci-dessus). La graisse péri-cardiaque semble être un réservoir viral important (récepteur ACE-2) et un amplificateur de la sécrétion de cytokines pro-inflammatoires, notamment l’IL-6. Cette hypothèse sera explorée par le CoreLab de l’IHU ICAN, en partenariat avec le Laboratoire d’Imagerie Biomédicale (LIB) dirigé par le Dr Nadjia Kachenoura.

 

Ce projet, d’un budget de 400 k€ euros est financé par l’AP-HP grâce au don de la Métropole Grand Paris. Les échantillons et les images ayant déjà été collectés dans le cadre de COVIDeF, les analyses pourront démarrer d’ici la fin de l’année 2021.